La lumière artificielle fait désormais partie intégrante de notre quotidien. Éclairage LED, écrans, lampadaires ou travail de nuit… On est de plus en plus exposés à des sources lumineuses, notamment après le coucher du soleil. Cette exposition pourrait avoir des conséquences sur notre horloge biologique et sur la régulation de certaines hormones, comme celles de la thyroïde.
Plusieurs études scientifiques se sont intéressées aux liens entre lumière artificielle 💡 nocturne, perturbation des rythmes circadiens et fonctionnement thyroïdien. Certaines recherches suggèrent également une association entre l’exposition à la lumière la nuit et le risque de cancer de la thyroïde !
Sommaire
- Comprendre le rôle de la thyroïde et des rythmes circadiens
- Comment la lumière artificielle perturbe-t-elle l’horloge biologique ?
- Lumière artificielle nocturne et hormones thyroïdiennes : que disent les études ?
- Lumière nocturne et risque de cancer de la thyroïde
- Comment limiter les effets de la lumière artificielle sur la santé hormonale ?
Comprendre le rôle de la thyroïde et des rythmes circadiens
La thyroïde est une petite glande située à l’avant du cou (en forme de papillon). Elle produit principalement deux hormones : la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3), cette dernière étant surtout convertie par le foie à partir de la T4. Ces hormones participent notamment à la régulation du métabolisme énergétique, de la température corporelle, du fonctionnement cardiovasculaire et de nombreuses fonctions cérébrales 🧠.
Leur production est contrôlée par un système hormonal appelé axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien. L’hypothalamus stimule l’hypophyse, qui sécrète à son tour la TSH, ou thyréostimuline. Cette hormone stimule la thyroïde afin qu’elle produise les hormones nécessaires à l’organisme.
Or, ce système ne fonctionne pas indépendamment de notre horloge biologique.
Les rythmes circadiens correspondent aux variations physiologiques qui se déroulent approximativement sur 24 heures. Ils influencent :
- le sommeil,
- la température corporelle,
- la sécrétion de mélatonine,
- la production de plusieurs hormones,
- …
Une revue publiée en 2019 dans Nature Reviews Endocrinology détaille les interactions entre les horloges biologiques et le fonctionnement thyroïdien. La sécrétion de TSH présentant un rythme circadien, ce qui signifie que sa concentration varie au cours de la journée et de la nuit ✨.
La thyroïde est donc sensible à l’organisation temporelle des fonctions biologiques, même si cela ne signifie pas que toute perturbation du rythme veille-sommeil entraîne une maladie thyroïdienne.
Comment la lumière artificielle perturbe-t-elle l’horloge biologique ?
Le rôle de la lumière dans la régulation hormonale
Notre organisme utilise principalement la lumière pour synchroniser son horloge biologique avec l’alternance naturelle entre le jour et la nuit.
Des cellules spécialisées de la rétine transmettent des informations lumineuses à des structures cérébrales impliquées dans la régulation des rythmes circadiens. La lumière reçue le matin contribue notamment à synchroniser l’horloge biologique, tandis qu’une exposition lumineuse le soir peut retarder l’endormissement et modifier la sécrétion de mélatonine (« l’hormone du sommeil ») 😴.
Une exposition à la lumière artificielle pendant la nuit peut donc perturber ce signal biologique. L’intensité lumineuse, la durée d’exposition, l’horaire et la longueur d’onde de la lumière jouent tous un rôle !
Les lumières bleutées (approximativement 450 et 495 nm) peuvent influencer la mélatonine et le rythme circadien. Toutefois, leur effet dépend aussi de leur intensité et de la durée d’exposition : toutes les LED ou tous les écrans n’ont pas un impact identique.
Ces dernières années, les éclairages publics aux lampes à incandescence jaunes / oranges sont remplacés par des lumières LED blanches. C’est une avancée pour la consommation électrique, mais l’intensité et la couleur de l’éclairage perturbent les oiseaux, les humains et autres mammifères.
Quel lien avec les hormones thyroïdiennes ?
La mélatonine et les hormones thyroïdiennes appartiennent à des systèmes de régulation différents, mais elles s’inscrivent dans un organisme dont les fonctions sont coordonnées par l’horloge biologique.
En gros, lorsqu’une exposition lumineuse nocturne perturbe le sommeil et les rythmes circadiens, elle pourrait modifier indirectement certains paramètres hormonaux, notamment la sécrétion de TSH.
⚠️ Attention, je ne dis pas qu’une modification temporaire du rythme hormonal implique une véritable maladie de la thyroïde. Une variation de TSH le jour d’un dosage sanguin ne suffit pas, à elle seule, à diagnostiquer une hypothyroïdie.
Lumière artificielle nocturne et hormones thyroïdiennes : que disent les études ?
1. Le travail de nuit et les variations de TSH
Le travail de nuit permet d’étudier les conséquences d’une désynchronisation des rythmes biologiques. Il combine souvent une exposition à la lumière pendant la nuit, des horaires de sommeil inhabituels et des changements dans les habitudes alimentaires (heures et qualité des repas).

Une revue publiée en 2020 dans International Journal of Environmental Research and Public Health a analysé les études portant sur le travail posté et la fonction thyroïdienne. Les auteurs ont constaté que plusieurs études rapportaient une augmentation de la TSH chez les personnes travaillant de nuit.
Les données concernant le développement de maladies thyroïdiennes restaient contradictoires, mais on peut penser qu’une perturbation prolongée sur plusieurs années peut avoir des conséquences.
Une méta-analyse (analyse regroupant de nombreuses études déjà publiées) de 2022 a également observé une association entre le travail posté et des variations de certains paramètres thyroïdiens, notamment la TSH et la T4 libre. Les résultats concernant les anticorps thyroïdiens n’étaient pas significatifs.
2. La lumière artificielle et hypothyroidie
À ce jour, les données scientifiques ne permettent pas d’affirmer que l’exposition habituelle aux écrans ou à l’éclairage artificiel nocturne provoque directement une hypothyroïdie.
Les recherches disponibles portent principalement sur les variations des marqueurs hormonaux, le travail de nuit et certaines associations épidémiologiques. Elles ne démontrent pas qu’une exposition aux LED entraîne systématiquement une diminution de la production de T3 ou de T4, ni qu’elle provoque une thyroïdite auto-immune.
On manque à ce jour d’études confirmant ou non le lien entre lumière artificielle et hypothyroïdie. On sait toutefois qu’une exposition nocturne aux lumières artificielles (la puissance de l’éclairage et la durée d’exposition sont également en cause) peut influer sur la santé thyroïdienne. D’autres habitudes (scroll sur les réseaux, alimentation, stress…) entrent par ailleurs en ligne de compte.
Lumière nocturne et risque de cancer de la thyroïde
Au-delà de la régulation hormonale, certaines recherches se sont intéressées au lien entre la lumière artificielle nocturne et le risque de cancer de la thyroïde.
Une étude a suivi 464 371 participants. L’exposition à la lumière nocturne extérieure a été estimée à partir de données satellitaires associées aux adresses de résidence.
Les chercheurs ont observé que les participants appartenant au groupe le plus exposé présentaient un risque de cancer de la thyroïde supérieur de 55 % à celui du groupe le moins exposé. L’association concernait principalement les cancers papillaires et semblait plus marquée chez les femmes.
Un résultat qui doit quand même être interprété avec prudence car il s’agit d’une association statistique, et non de la démonstration que la lumière artificielle provoque directement un cancer thyroïdien.
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2024 sur l’exposition à la lumière nocturne et le risque de cancer a également relevé des associations positives pour certains cancers, dont le cancer de la thyroïde dans les études disponibles. Les auteurs soulignent toutefois que les données restent insuffisantes pour tirer des conclusions solides concernant plusieurs localisations tumorales.
Comment limiter les effets de la lumière artificielle sur la santé hormonale ?
Même si le lien direct entre lumière artificielle et maladie thyroïdienne reste incertain, préserver des rythmes circadiens réguliers constitue une démarche pertinente pour la santé générale, la santé thyroïdienne et le sommeil.
🌞
S’exposer à la lumière naturelle le matin
L’exposition à la lumière du jour dès le lever contribue à synchroniser l’horloge biologique. S’il fait encore nuit, ouvrez les volets pour profiter du changement de luminosité.
La lumière extérieure est généralement beaucoup plus intense que l’éclairage intérieur, même lorsque le ciel est couvert. Au contraire, éviter de regarder votre téléphone dès le réveil.
🕯
Réduire l’intensité lumineuse le soir
Dans les heures précédant le coucher, diminuez progressivement l’éclairage intérieur. Privilégier des lampes moins intenses et éviter les lumières très vives permet de limiter la stimulation lumineuse tardive. Adapter leur intensité et leur horaire. La couleur de l’éclairage est importante aussi : privilégiez des lumières plus oranges ou rouges.
💡
Réduire la lumière dans la chambre
Pour favoriser un sommeil de qualité, il est conseillé de maintenir une chambre aussi sombre que possible. Des rideaux occultants peuvent être utiles en cas d’éclairage public important, les masques de nuit également (pensez à les laver souvent).
Le mode nuit des écrans (essayez de les pousser le plus possible) peut réduire certaines émissions de lumière à courtes longueurs d’onde, mais il ne supprime pas tous les effets de l’exposition lumineuse. La durée d’utilisation et la luminosité de l’écran sont importantes.
😴
Préserver des horaires de sommeil réguliers
Des horaires de coucher et de lever relativement stables contribuent à maintenir une meilleure synchronisation des rythmes circadiens.
Pour les personnes travaillant de nuit ou en horaires décalés, l’organisation du sommeil peut être plus complexe. Il peut être utile d’adapter l’exposition lumineuse aux horaires de travail et de repos, idéalement avec l’aide d’un professionnel de santé lorsque les troubles du sommeil deviennent importants.
👩🔬
Ne pas négliger le suivi thyroïdien
Enfin, des symptômes comme une fatigue persistante, une frilosité inhabituelle, une constipation, une modification inexpliquée du poids ou une chute de cheveux peuvent avoir de nombreuses causes.
En présence de symptômes persistants, un suivi médical est indiqué.
Sources
- Interconnection between circadian clocks and thyroid function. Nature Reviews Endocrinology – 2019
- The Impact of Shift-Work and Night Shift-Work on Thyroid: A Systematic Review – 2020
- Assessment of the impact of shift work on thyroid disorders: a systematic review and meta-analysis – 2022
- Associations between artificial light at night and risk for thyroid cancer: A large US cohort study – 2021
- Indoor and outdoor artificial light-at-night (ALAN) and cancer risk: A systematic review and meta-analysis of multiple cancer sites and with a critical appraisal of exposure assessment – 2024
- Photo de Tim Winkler
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