Laura
Breiller-Tardy

SOPK devient SMOP : une avancée majeure pour les patientes

Le SOPK change officiellement de nom

Depuis mai 2026, le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) est officiellement renommé SMOP, pour Syndrome Métabolique Ovarien Polyendocrinien 🥳.

Cette décision résulte d’un consensus international impliquant nombre d’experts et associations de patientes. L’objectif est simple : mieux refléter la réalité biologique et clinique de ce syndrome qui touche environ une femme sur huit dans le monde.

Loin d’être un simple changement de terminologie, cette nouvelle appellation marque une évolution importante dans la compréhension du syndrome et dans la manière dont les patientes sont accompagnées.

Pourquoi le terme « syndrome des ovaires polykystiques » était inadapté

Le nom SOPK a longtemps entretenu plusieurs confusions.

La première concerne le terme « polykystiques ». Contrairement à ce que le nom laisse penser, les femmes atteintes ne présentent généralement pas de véritables kystes ovariens. Les images observées à l’échographie correspondent le plus souvent à de multiples follicules* 🔬 immatures, bloqués dans leur développement. Certains peuvent être très gros (2 à 9 mm, parfois plus).

SOPK devient SMOP

La seconde confusion est plus problématique encore : le terme SOPK réduit le syndrome à une maladie des ovaires. Or, les ovaires ne représentent qu’une partie d’un mécanisme beaucoup plus vaste impliquant :

  • le système endocrinien,
  • le métabolisme,
  • la sensibilité à l’insuline,
  • le tissu adipeux, le foie,
  • la peau,
  • parfois même la santé cardiovasculaire 🫀 (notamment à partir de la ménopause).

Cette vision réductrice a souvent conduit à minimiser certains symptômes ou à orienter les patientes exclusivement vers une prise en charge gynécologique alors que le syndrome nécessite fréquemment une approche multidisciplinaire. Aussi quelques patientes souffrant du SOPK / SMOP ne présente pas d’ovaires multifolliculaires.

Follicules : Les follicules ovariens sont des formations constituées à partir de l’ovocyte. Pour faire simple, à maturation, ils libèrent l’ovule lors de l’ovulation.

Physiologie du SOPK/SMOP

Pour comprendre l’intérêt du changement de nom, il faut revenir aux mécanismes physiologiques du syndrome.

Chez de nombreuses patientes, le point de départ se situe au niveau métabolique, avec une résistance à l’insuline plus ou moins marquée. Afin de maintenir une glycémie normale, l’organisme produit davantage d’insuline.

Cette hyperinsulinémie exerce plusieurs effets :

  • elle stimule la production d’androgènes par les ovaires ;
  • elle diminue certaines protéines qui transportent les hormones sexuelles ;
  • elle favorise la prise de poids chez certaines patientes ;
  • elle entretient un cercle vicieux inflammatoire et hormonal.

L’excès d’androgènes perturbe ensuite la maturation folliculaire. L’ovulation devient irrégulière ou absente, les cycles menstruels 🩸 se dérèglent et les follicules s’accumulent dans les ovaires sans parvenir à maturité. Dans certain cas, il n’y a pas de résistance à l’insuline détectable, mais un déséquilibre d’autres hormones comme le cortisol, la LH, la testostérone… les conséquences seront identiques : inflammation, follicules immatures au sein de l’ovaire… Sans prise en charge, la résistance à l’insuline peut arriver dans un second temps.

Cette cascade physiologique explique la diversité des symptômes :

  • cycles irréguliers ;
  • infertilité ou difficultés de conception ;
  • acné ;
  • hirsutisme ;
  • chute de cheveux ;
  • prise de poids ou difficulté à perdre du poids ;
  • fatigue chronique 🥱;
  • augmentation du risque cardiométabolique.

On constate aussi des troubles psychologiques plus fréquents : tendance à la déprime, dépression, troubles du sommeil…

Ainsi, les manifestations ovariennes ne sont souvent que la partie visible d’un syndrome endocrinien et métabolique beaucoup plus large.

Découverte récente sur le SMOP

Une protéine (NCOR1) a été récemment étudiée pour son effet qui bloquerait une partie de l’action de l’estradiol (un œstrogène) et empêchera la sélection du follicule pour l’ovulation. Chez les femmes atteintes du SMOP, NCOR1 serait produite en trop grande quantité. Cette protéine ayant une action sur une très grande variété de tissus au sein du corps, il est difficile à ce stade de savoir quels autres actions elles pourraient avoir. C’est une découverte qui nécessiterait d’autres recherches pour aller plus loin.

Pourquoi le nom SMOP est mieux adapté

Le nouvel acronyme permet dorénavant de mettre en lumière les différentes dimensions du syndrome.

Syndrome : les symptômes varient considérablement d’une femme à l’autre.

Métabolique : il reconnaît le rôle central du métabolisme, de l’insuline et des risques cardiométaboliques associés.

Ovarien : les ovaires restent impliqués dans le syndrome, notamment à travers les troubles de l’ovulation, la présence de follicules plus ou moins nombreux et l’aspect parfois grossi des ovaires au contour moins régulier.

Polyendocrinien : plusieurs systèmes hormonaux interagissent simultanément, expliquant la complexité des manifestations cliniques.

Cette nouvelle dénomination décrit donc beaucoup plus fidèlement la physiopathologie observée chez les patientes.

Améliorer le diagnostic et réduire l’errance médicale

L’un des bénéfices majeurs du passage du SOPK au SMOP pourrait être l’amélioration du parcours diagnostique. Une meilleure connaissance du syndrome par le corps médical signifie (au fil du temps), une meilleure prise en charge 👩‍⚕️.

Pendant des années, certaines patientes ont vu leurs symptômes attribués uniquement à un problème gynécologique, voire à des questions de poids ou d’hygiène de vie. Pour « soigner » ce syndrome, la patiente ne voyait prescrire la pilule dans la majorité des cas. D’autres n’ont pas été diagnostiquées parce qu’elles ne présentaient pas d’aspect ovarien « polykystique » à l’échographie, alors même que ce critère n’est pas 100% indispensable au diagnostic.

En mettant l’accent sur les dimensions métaboliques et endocriniennes, le terme SMOP rappelle aux professionnels de santé qu’il s’agit d’une affection systémique nécessitant une évaluation globale.

Cette évolution pourrait favoriser une collaboration plus étroite entre gynécologues, endocrinologues, médecins généralistes, nutritionnistes et spécialistes de la fertilité.

Une prise en charge plus globale tout au long de la vie

Le changement de nom accompagne également une évolution des pratiques médicales.

Le SMOP n’est pas seulement un sujet de fertilité ou de cycle menstruel. C’est une pathologie chronique dont les conséquences peuvent évoluer à différents moments de la vie.

  1. À l’adolescence 👩‍🦱, l’enjeu est souvent le diagnostic précoce, la mise en place d’outil d’amélioration de l’hygiène de vie (stress, alimentation, repos…) et la gestion des symptômes hormonaux.
  2. À l’âge adulte 👩‍🦰, les problématiques peuvent concerner la fertilité, le poids, la santé métabolique ou le bien-être psychologique. S’il a été pris en charge tôt, les conséquences peuvent être moindres.
  3. Après la période reproductive 👱‍♀️, l’attention se porte davantage sur les risques cardiométaboliques, notamment le diabète de type 2, l’hypertension artérielle ou certaines complications cardiovasculaires.

Le terme SMOP encourage donc une vision à long terme du suivi médical. Il rappelle que l’objectif n’est pas seulement de traiter un symptôme isolé, mais d’accompagner les patientes dans la durée en tenant compte de l’ensemble des dimensions de leur santé.

Ce qui change pour les patientes

Le changement de nom ne modifie ni les critères diagnostiques ni les traitements actuellement recommandés. Les patientes déjà diagnostiquées avec un SOPK conservent exactement le même diagnostic médical.

En revanche, cette nouvelle appellation pourrait progressivement transformer le regard porté sur la maladie.

En reconnaissant officiellement sa nature métabolique, endocrinienne et systémique, le SMOP permet de mieux comprendre les besoins réels des patientes et de favoriser une prise en charge plus complète, plus précoce et plus personnalisée.

C’est précisément pour cette raison que ce changement de nom est considéré par de nombreux experts et associations de patientes comme une avancée importante : il rapproche enfin les mots de la réalité vécue. Maintenant, il faut espérer l’évolution de la prise en charge dans un avenir proche.

Photo de Oleg Ivanov

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